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Bases de données carbone

Mini pseudo-enquête de surface derrière une des principales bases de données “carbone” utilisée pour réaliser les études de cycle de vie” et autres EPD (Environmental Product Declaration) : GaBi de Sphera. (en ayant en tête l’interview de Edouard Morena et cette page sur “les heures sombres de la transition énergétique” par exemple)

Ces bases de données détermineront l’intensité carbone (grCO2/kWh) de moyens de production d’énergie, ou l’empreinte carbone (grCO2) de biens de consommation, qui à leur tour permettent de dimensionner et quantifier des scénarios de neutralité, comme par exemple leurs besoins en CCS (compensation via la capture carbone)

Son premier “concurrent” étant EcoInvent.

Sphera, c’est le Ying-Yang bleu et vert.

C’est le libéralisme (bleu) qui fait des affaires avec la nature (vert)

no comment.

no comment.

Mais c’est quoi Sphera?
Sphera est une startup qui s’est notamment donné pour ambition de maintenir une base de donnée, GaBi, qui est une des bases de données utilisées pour réaliser des études de cycle de vie (LCA pour life-cycle assesments ) ou des EDP (Environmental Product Declaration , une sorte de “carte d’identité” d’un matériau ou d’un produit fabriqué par une entreprise), comprenant toutes les informations nécéssaires pour réaliser une étude de cycle de vie.

Une base de donnée comme GaBi va fournir une donnée capitale pour déterminer le poids carbone des biens de consommation : la quantité de CO2es émise par unité de masse pour fabriquer ce bien ou ce matériau, par exemple ci-dessous pour une éolienne.

Il existe d’autres bases de données que GaBi : ecoinvent 3.x, Exiobase , …

–> Ces bases de données sont cruciales pour déterminer l’intensité carbone. Si ces données ne sont pas fiables, c’est toute l’évaluation de cycle de vie qui devient biaisée, et donc les scénarios de neutralité aussi, et les besoins futurs en CCS (Carbon Capture and Storage) qui supportent ces scénarios sont peut-être sous-évalués…
De plus, c’est avec ce genre de rapports (ci-dessous, rapport de l’UNECE sur l’impact environnementale des moyens de production) que se prennent des décisions de députés, européens ou pas, comme la taxonomie verte :

Ce rapport de l’UNECE a été réalisé avec la base de donnée EcoInvent, en revanche. Ci-dessous, évaluation des intensités carbone dans l’AR5 du GIEC :

Des données “par secteur” complètent les données de ces bases de doonées, par exemple pour l’acier. Il faudrait vérifier s’ils constituent une source redondante et indépendante avec les données des principales DB (GaBi, EcoInvent, Exiobase, …), ou si ces dernières se nourissent des données comme celles de Worldsteel

Ces bases de données fournissent des chiffres moyens sur les producteurs “encodés”. Par exemple pour l’acier, les données de Worldsteel ne concernent que 56% du marché.

RIEN ne garantit (a priori) que le constructeur se fournira dans ces 56%, il pourra au contraire peut-être se fournir moins cher chez des producteurs moins scrupuleux de communiquer leurs données de production, ou plus polluants tout simplement.
Il n’y a donc pas forcément de rapport entre les données de l’étude du cycle de vie, et les données réelles correspondant à l’origine réelle des matériaux utilisés. (a priori, qu’on me corrige si ce n’est pas le cas)
De plus, RIEN ne garantit que ces 56% couvrent un échantillon représentatif de l’intensité carbone de la production mondiale. Peut-être que dans les 44% autres % pour lesqueles Worldsteel n’a pas de données, il y a une très large part en Chine, dont le mix énergétique n’est pas moins carboné que le le mix énergétique des pays constituants ces 56% de la production.

–> Par exemple, pour l’aluminium, les données sont centralisées par la European Aluminium Association

Pour chaque type de produit en aluminium répertorié, il existe une EPD réalisée…par l’entreprise qui le produit! (exemple )

Pour l’exemple en question (pris au hasard), l’entreprise (Alumil) a sous-traité le travail à une spin-off : Ecoinnovazione

dont une des activités est de réaliser des EPD pour des entreprises. (donnant-donnant?)
Pour cet exemple, c’est la base de donnée GaBi de Sphera qui est utilisée par Ecoinnovazione (page 19)

(source )
(source (2024) )

Ces bases de données sont tellement cruciales que des articles de recherche dénoncent l’influence de leur choix sur les résultat des études de cycle de vie.
Ils expliquent que les résultats avec GaBi sont “dans la plupart des cas” moins élevés qu’avec ecoinvent 3.6…

Genre de différences entre GaBi et Ecoinvent. Pas étonnant que “beaucoup” (?) choisissent Gabi… Et incohérence totale pour ce qui concerne l’utilisation de ressources minérales et métalliques entre les 3 bases de données, et en plus, dans un contexte d’inflation énergétique :

exemple : Le poids carbone des panneaux PV pourrait être bien plus élevé que celui renseigné dans la base de donnée Ecoinvent (qui fournit déjà des chiffres plus élevés que GaBi)
Et pas qu’un peu : La Chine fabrique aujourd’hui beaucoup de panneaux! Et son mix énergétique est bien différent des pays dans la base de données de Ecoinvent! Et le poids cabrone est panneaux PV est DEJA très élevé comme ça! (~30-45grCO2/kWh?)!

Ce rapport de l’UNECE a été réalisé avec la base de données EcoInvent 3.7

Combats de lobbies…(source )

Plus qu’à faire confiance à toutes ces déclarations “sur l’honneur”, espérer que les bases de données convergent, qu’elles couvrent une plus large part du marché, et que les fabricants soient responsables…Tout en étant conscient qu’ils y a de gros lobbies à l’oeuvre:
Certains voient en la décarbonation une menace vitale pour leurs intérêts, d’autres tout aussi avides, comme une opportunité.
Lire à ce propos l’interview d’Edouard Morena parue dans Le Vif :
“Pour l’élite, il y a de l’argent à faire dans la crise climatique”


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🔱Structure du triangle de Kaya