Techtotalitarisme

Professeur agrégé de droit public, Christopher Pollmann est enseignant-chercheur à l’Université de Lorraine à Metz et directeur du séminaire “Accumulations et accélérations” à la Fondation Maison des sciences de l’homme de Paris. Dans son livre “Le totalitarisme informatique “, s’appuie sur Hannah Arendt (et Ivan Illich) montrant que dans le totalitarisme, l’être humain est rendu superflu (et l’outil informatique n’est pas forcément convivial). https://917.be/ivan-illich-la-convivialite/

La critique des nouvelles technologies d’information et de communication, regroupées ici sous le terme générique d’informatique, se focalise souvent sur certains de leurs effets spécifiques: la surveillance, l’artificialisation quantifiée de la vie, l’addiction au portable, etc. Dans l’ouvrage proposé dans ces lignes, il ne s’agira pas de nier l’importance de ces phénomènes, mais d’opérer un double sursaut. D’une part, il importe d’aborder des conséquences de l’informatisation rarement envisagées telles que la réduction de l’ambiguïté sociale, la sur-sollicitation de l’attention et de l’adaptation humaines dans le temps et dans l’espace et les dysfonctionnements techniques qui sont systématiques et irréparables dans un cadre capitaliste. D’autre part et surtout, on cherchera à qualifier la logique profonde du processus qui pourrait résider dans son caractère totalitaire.

Même principe avec l’IA

Dans “le totalitarisme informatique”, que je recommande pour ne pas se laisser berner/manipuler par les discours politiques type “la dématérialisation est bénéfique pour le climat”, “on va gagner en productivité”, “en compétitivité”, “on pourra moins travailler”, etc, qui ne sont que du bullshit pour nous vendre la course à l’extractivisme synonyme de croissance du PIB :
(la connaissance est une arme qui les déshabille et les fait passer pour des idiots ou charlatans, ce qu’ils n’aiment pas)

En résulte l’hypothèse que l’informatique (ndr : c’est valable pour l’IA aussi) non seulement n’augmente pas la productivité d’ensemble de la société, mais possiblement diminue, compte tenu des énormes investissements, surtout si l’on prend également en considération les problèmes et les coûts vus auparavant. Elle accentuerait ainsi la tendance au gaspillage du système capitaliste où peut-être 70 à 80% des activités économiques et des consommation de ressources pourraient être considérées “superflues”, voire néfastes. Cette technique s’expliquerait par le fait que “la technique subit elle aussi la loi des rendements décroissants (…).”, qui sera généralisé par Marx en baisse tendancielle des taux de profit. (cfr aussi “second seuil” de Ivan Illich dans “la convivialité”)

Par exemple, “c’est bien un président de la République (E. Macron) qui a annoncé (en 2017) que la France connaîtrait d’ici 2022 une dématérialisation complète de ses services publics, se félicitant des économies que ce “tout numérique” permettait de réaliser (à savoir 450 millions d’euros) mais négligeant de mettre en rapport ce montant avec les investissements à programmer d’un montant vingt fois supérieur -sans tenir compte également de tous les efforts (d’initiation, de formation ou d’assistance) à engager.

Cette “fiction d’une dématérialisation du monde industriel” invisibilise à la fois les conditions de production des appareils informatiques (évacuée à l’autre bout du monde grâce à la division internationale du travail) et leur haute matérialité même. Les documents et communications électroniques pourraient donc avoir une empreinte carbone bien plus lourde que le papier. Par exemple, un circuit intégré de 2 g nécessite 32 kg de matirèes premières.
cfr aussi le ticket électronique, “vendu” par la RTBF (vrai scandale)

(source )

dans le chaitre III “La destruction de la vie individuelle et collective” :
Les dispositifs informatiques génèrent de multiples effets nocifs pour la vie et la société humaines. “passé un certain seuil, l’outil asservit celui qui l’utilise”; il “porte atteinte à la fonction (notamment motrice ou cérébrale) qu’il est censé amplifier”. Résumant une démonstration implacable, Olivier Roy n’hésite pas à déclarer qu’Internet “n’invente pas une nouvelle culture mais détruit l’idée même de culture”. (…)
3. Un facteur de désocialisation et de désinhibition des adultes
(…) L’informatique devient le “facteur planétaire d’une colossale désintégration sociale”, d’une “dissolution politique de l’espère humaine”.
On peut distinguer trois formes de détachement :
– la désaffection “qui est la perte de d’individuation psychique” par la “saturation affective” due à l’hypersocialisation consommatoire de l’attention;
– la désaffectation qui est la “perte d’individuation sociale”, c’est-à-dire la perte de place et de reconnaissance sociales;
– la désaffiliation par rapport aux liens sociaux
(…)
Les écrans tendent donc à saper l’intériorité.
Celle-ci souffre aussi du recul du brassage d’idées, donc de stimulation extérieure. À la fois dans l’espace public où l’individu connecté tourne, via son écran ou ses écouteurs, dans son propre monde sans entrer en relation avec les personnes à côté (aux États-Unis, 65% des piétons et 91% des piétons jeunes consultent leur smartphone en marchant), et sur le plan médiatique du fait de l’information personnalisée en fonction des seuls centres d’intérêts personnels. Mais recul aussi sur les “réseaux sociaux, première expérience globale de la ruche humaine”, qui automatisent et rationalisent les relations sociales, voire l’amitié : ils ne sont en réalité sociaux que dans un sens réduit, identitaire, car ils visent à échanger uniquement avec des gens ou des entreprises dont vous vous sentez proches”. Or, la quête identitaire relève d’une course sans fin. Ce nombrilisme “solipsiste” pourrait se solder par “l’effondrement de l’individu sur lui-même.