Acceptes-tu d’être ce flegmatique/hédoniste/lukewarm de Philinte comme il y a 400 ans?

Epicure a dit
Que Socrates avait dit
Que Democrite a dit:
“Οι σοφοί αναζητούν φυσικές και αναγκαίες απολαύσεις, δημιουργώντας σταθερή, φυσική και γαλήνια απόλαυση” *
* le sage recherche les plaisirs naturels et -nécessaires-, engendrant une jouissance -stable-, naturelle et paisible.
Tout est si bien dit
Dans l’exgésèse:
De la Genèse
A Jancovici ↱ [1]
Michel Clouscard :
“La critique du libéralisme libertaire par Michel Clouscard a apporté dans la gauche l’idée “d’hédonisme libéral”, la classe ouvrière aurait trahi les idéaux socialistes en confondant les principes de liberté et d’aliénation apportés par les libertaires avec le libéralisme et la consommation de masse“
(Wikipedia, hédonisme ↱)
Image :
– à gauhe : tirade de Philinte (en bleu et jaune) dans “Le misanthrope ↱” de Molière
– à droite : réplique imaginée d’Alceste (en vert et rouge avec les lunettes de thug)

Qu’en dirait Maître Bonnant?
Suivre le lapin blanc ![]()
Baron Flynt – Still D.R.E performed by the Russian president V. V. Putin ↱)


(ça marche aussi avec l’enthousiasme devant la voiture électrique ou les EnR, par exemple)
Les plus prompts à suivre les recommandations des médias de masse : les masters.
Les trop crédules/trop confiants, également ceux qui ont le plus à perdre s’ils ne s’alignent pas avec la doxa. J’imagine que les deux jouent. L’habitude mieux entraînée à régurgiter ce qu’on leur met dans la tête (certains sont trop occupés pour user d’esprit critique : ils se fient aux médias et aux autres “masters”), et leur “prestige”, vu le sort réservé par la Nomenklatura aux libres penseurs, immédiatement taxés d’anti-vax sans nuance, complotistes et d’extrême-droite.
A noter que les professionnels de la santé (entre les masters et les PhD) sont plus hésitants que les masters.
Boris Cyrulnik :
“Foucault, Solers, Drieux, La Rochelle, … : tous ces intellectuels étaient loin d’être des idiots, et pourtant ils se sont laissé séduire par le nazisme” : mêmes raisons sans doute?
D’où la citation d’Albert Jacquard.

« L’imposteur est aujourd’hui dans nos sociétés comme un poisson dans l’eau : faire prévaloir la forme sur le fond, valoriser les moyens plutôt que les fins, se fier à l’apparence et à la réputation plutôt qu’au travail et à la probité, préférer l’audience au mérite, opter pour le pragmatisme avantageux plutôt que pour le courage de la vérité, choisir l’opportunisme de l’opinion plutôt que tenir bon sur les valeurs, pratiquer l’art de l’illusion plutôt que s’émanciper par la pensée critique, s’abandonner aux fausses sécurités des procédures plutôt que se risquer à l’amour et à la création. Voilà le milieu où prospère l’imposture ! Notre société de la norme, même travestie sous un hédonisme de masse et fardée de publicité tapageuse, fabrique des imposteurs.” Roland Gori

Camus sur Stirner, extraits de “l’homme révolté”
(Stirner comme nihilisme “dégradé” en réponse à la mort de Dieu, c’est-à-dire une forme d’hédonisme/suprémacisme collatéral)
«
“Dès l’instant où l’homme soumet Dieu au jugement moral, il le tue en lui-même. Mais quel est alors le fondement de la morale? On nie Dieu au nom de la justice, mais l’idée de justice se comprend-elle sans l’idée de Dieu? Ne sommes-nous pas alors dans l’absurdité? C’est l’absurdité que Nietzsche aborde de front. Pour mieux la dépasser, il la pousse à bout : la morale est le dernier visage de Dieu qu’il faut détruire, avant de reconstruire. Dieu alors n’est plus et ne garantit plus notre être; l’homme doit se déterminer et faire, pour être.
Stirner, déjà, avait voulu abattre en l’homme, après Dieu lui-même, toute idée de Dieu. Mais, au contraire de Nietzsche, son nihilisme est satisfait. Stirner rit dans l’impasse, Nietzsche se rue contre les murs. (…)
L’histoire universelle jusqu’à Jésus n’est pour Stirner qu’un long effort pour idéaliser le réel. Cet effort s’incarne dans les pensées et les rites de purification propres aux anciens. À partir de Jésus, le but est atteint, un autre effort commence qui consiste, au contraire, à réaliser l’idéal. La rage de l’incarnation succède à la purification et, de plus en plus, dévaste le monde à mesure que le socialisme, héritier du Christ, étend son empire. Mais l’histoire universelle n’est qu’une longue offense au principe unique que je suis, principe vivant, concret, principe de victoire qu’on a voulu plier sous le joug d’abstractions successives, Dieu, l’Etat, la société, l’humanité. (…)
Avec Stirner, le mouvement de négation qui anime la révolte submerge irrésistiblement toutes les affirmations. Il balaye aussi les succédanés du divin dont la conscience morale est encombrée. “L’au-delà extérieur est balayé, dit-il, mais l’au-delà intérieur est devenu un nouveau ciel.”. Même la révolution, surtout la révolution, répugne à ce révolté. Pour être révolutionnaire, il faut croire encore à quelque chose, là où il n’y a rien à croire. (…)
Dans ce désert, tout refleurit. “La signification formidable d’un cri de joie sans pensée ne pouvait être comprise tant que dura la longue nuit de la pensée et de la foi”. Cette nuit touche à sa fin, une aube va se lever qui n’est pas celle des révolutions, mais de l’insurrection. L’insurrection est en elle-même une ascèse, qui refuse tous les conforts. L’insurgé ne s’accordera aux autres hommes que dans la mesure et pour le temps où leur égoïsme coïncidera avec le sien. Sa vraie vie est dans la solitude où il assouvira sans frein l’appétit d’être qui est son seul être.
L’individualisme parvient ainsi à un sommet. Il est négation de tout ce qui nie l’individu et glorification de tout ce qui l’exalte et le sert. Qu’est-ce que le bien, selon Stirner? “Ce dont je puis user”. A quoi suis-je légitimemnt autorisé? “À tout ce dont je suis capable”. La révolte débouche encore sur la justification du crime (cfr Sade).
Stirner a non-seulement tenté cette justification (à cet égard, sa descendance directe se retrouve dans les formes terroristes de l’anarchie), mais s’est visiblement grisé des perspectives qu’il ouvrait ainsi. “Rompre avec le sacré, ou mieux, rompre le sacré, peut devenir général. Ce n’est pas une nouvelle révolution qui approche, mais puissant, orgeuilleux, sans respect, sans honte, sans conscience, un crime ne grossit-il pas avec le tonnerre à l’horizon et ne vois-tu pas que le ciel, lourd de pressentiments, s’obscrucit et se tait?” On sent ici la joie sombre de ceux qui font naître des apocalypses dans un galetas. Rien ne peut plus freiner cette logique amère et impérieuse, rien qu’un moi dressé contre toutes les abstractions, devenu lui-même abtrait et innommable à force d’être séquestréé et coupé de ses racines. Il n’y a plus de crimes ni de fautes, partant plus de pécheurs. Nous sommes tous parfaits. Puisque chaque moi est, en lui-même, foncièrement criminel envers l’État et le peuple, sachons reconnaître que vivre, c’est transgresser. A moins d’accepter de tuer, pour être unique. “Vous n’êtes pas aussi grand qu’un criminel vous qui ne profanez rien.”. Encore timoré, Stirner précise d’ailleurs : “Les tuer, non les martyriser.”
Mais décréter la légitimité du meurtre, c’est décréter la mobilisation et la guerre des Uniques. Le meurtre coïncidera ainsi avec une sorte de suicide collectif. Stirner qui ‘nen avoue ou n’en voit rien, ne reculera cependant devant aucune destruction. L’esprit de révolte trouve enfin l’une de ses satisfactions les plus amères dans le chaos. “On te (la nation allemande) portera en terre. Bientôt tes soeurs, les nations, te suivront.; quand toutes seront parties à ta suite, l’humanité sera enterrée, et sur sa tombe, Moi, mon seul maître enfin, Moi, son héritier, je rirai.” Ainsi, sur les ruines du monde, le rire désolé de l’individu-roi illustre la victoire dernière de l’esprit de révolte. Mais à cette extrémité, plus rien n’est possible que la mort ou la résurrection. Stirner et, avec lui, tous les révoltés nihilistes courent aux confins, ivres de destruction. Après quoi, le désert découvert, il faut apprendre à y subsister. La quête exténuante de Nietzsche commence.“. (Albert Camus)
