Les 10 stratégies de manipulation de masses (Chomsky)

Vers la page Modèle BITE de contrôle totalitaire

Il y a des exemples littéralement tous les jours dans nos médias qui illustrent les différentes stratégies.
Et le pluralisme démocratique ne serait pas bien vivant si ce n’était pas le cas.
Il ne s’agit pas de dire que ce n’est pas vrai, ou que c’est vrai en permanence, il s’agit de les reconnaître et rester vigilant:
-A ces stratégies, qu’elles soient scientes ou résultant de biais inconscients des journalistes.
-Et aux biais cognitifs sur lesquels elles se fondent.

Les stratégies (commentaire tiré de cet article de Mediapart) et exemples

1. La stratégie de la distraction
Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes.
La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique.
« Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » (Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)

C’est difficile à démontrer, car il faudrait faire la liste de l’ensemble des articles parus dans un journal / un média, et montrer que la place accordée à certains sujets est artificiellement réduite, voire absente.

Exemple : le “fil d’actualité” msn du 22/11/2024. Combo de plusieurs des stratégies.



2. Créer des problèmes, puis offrir des solutions
Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ».
On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter.
Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

Beaucoup d’exemples pendant la crise du Covid, pour faire avancer l’agenda numérique, écouler les stocks de vaccins, et autres.
Le problème créé ici est que sans être vacciné, on propage davantage le virus. Ce qui est faux.

3. La stratégie de la dégradation
Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

Exemple : la digitalisation de la gouvernance se fait de façon diffuse : CST, carte d’identité à puce, permis de conduire bientôt à puce, certificat numérique de vaccination, ticket électronique, caméras à reconnaissance faciale, interconnexion des services (banque – registre national – santé, …), …

Autre exemple : la mille neuf cent quatre-vingt-quatrisation de Google:

Si Google (ou Bing, ou DuckDuckGo) ne montre que quelques centaines de résultats de recherches (agences officielles et titres de presse mainstream), pourquoi indique-t-il qu’il y en a 17 millions? Et s’il y a 17 millions de résultats de recherche, pourquoi Google n’en montre que quelques centaines?
Depuis quand ça a changé? Pourquoi ont-il changé? Comment peut-on se croire en démocratie si nos propres moteurs de recherche limitent l’accès à l’information? On trouve plus d’informations sur un site russe à la limite…
Une autre analyse de l’évolution plus générale de la présentation des résultats de recherche Google, avec beaucoup d’illustrations


4. La stratégie du différé
Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur.
Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

Scénario EnergyScope
Lien vers l’article de la RTBF

Rien ne nous oblige à stocker une électricité intermittente tout en réduisant en parallèle le facteur de charge de centrales nucléaires, sauf des impératifs de croissance.

5. S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge
La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental.
Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». (Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)

source



6. Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion
Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…



7. Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise
Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage.
« La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. » (Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)



8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité
Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

Exemple : une publicité récente pour Liddl je pense, où la mère de famille “râlait” que son fils devait encore faire un travail pour l’école, et en plus un travail sur le climat. Au dernier moment le matin-même, elle va chercher un vieux décor dans le grenier.

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité
Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…

Ou exemple : culpabiliser la gauche radicale, l’assimiler à de l’extrémisme : cela conduit à culpabiliser l’électeur de gauche radicale.



10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes
Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes.
Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Plein d’exemple dans “la civilisation du poisson rouge ” de Burno Patino.


Exemple multi-combo: RTBF avec leur article sur le ticket électronique:
-créer des problèmes puis proposer des solutions
-distraire et détourner l’attention
-maintenir le public dans l’ignorance
-faire appel à l’émotionnel (arbres abattus) plutôt qu’à la réflexion

Informo :

“machiavélique” est un grand mot non?
C’est simplement une stratégie classique en démocratie je pense? Même inconsciente : en informant, on forme des opinions, par définition.
Il ne s’agit pas de dire que ce n’est pas vrai, ou que c’est vrai en permanence, il s’agit de les reconnaître et rester vigilant?
– A ces stratégies, qu’elles soient scientes ou résultant de biais inconscients des journalistes.
– Et aux biais cognitifs sur lesquels elles se fondent.
C’est ce que je m’applique à faire avec cet article de la RTBF, qui est un peu un cas d’école 🙂

Mr Mondialisation
Détenue par une poignée de milliardaires réactionnaires, l’immense majorité des médias défend une ligne politique libérale allant dans le sens de l’intérêt de leurs propriétaires. Pour autant, si certains journalistes, comme ceux de l’Empire Bolloré, ont abandonné toute subtilité, d’autres mettent en place des subterfuges pour manipuler les observateurs les moins attentifs. Mr Mondialisation décrypte 5 techniques pour assouvir les esprits.

1. Le choix de l’information

La méthode la plus simple pour un journaliste pour orienter l’opinion consiste tout bonnement dans le choix de l’information. Ainsi, pour faire passer une idéologie, une rédaction pourra traiter un évènement de manière disproportionnée et en éluder totalement un autre. Dans les médias de masse, seront, par exemple, abordé très fréquemment l’immigration, l’insécurité, les faits divers, le « wokisme » ou encore la vie des célébrités. Des thématiques destinées à faire diversion et susciter la peur au sein de la population.
De quoi orienter les votes vers les formations les plus réactionnaires et autoritaires. À l’inverse, des sujets remettant en cause les intérêts des plus fortunés, comme le partage des richesses ou l’environnement, seront relégués au second plan ou traités de façon légère.
Pour couronner le tout, comme théorisé par Noam Chomsky et Edward Herman dans La fabrication du consentement, les médias usent également d’un matraquage intensif sur des idées prédéterminées. Ainsi, les mêmes poncifs libéraux, antiféministes et racistes seront répétés à l’envi jusqu’à pénétrer l’esprit des citoyens les moins aguerris.

2. L’apologie du « raisonnable » et l’infantilisation

« La France est criblée de dettes », « on ne peut plus investir », « c’est une mentalité bien française », « tout cela est totalement utopique », « aucun de nos voisins ne procède ainsi »… Voilà certaines idées reçues qui peuvent être entendues sur les plateaux de télévision. Par ce biais, les journalistes mainstream font circuler la croyance qu’il n’existerait qu’une option politique. Et si celle-ci va dans le sens des intérêts des plus fortunés, il ne s’agirait bien entendu que d’un pur hasard…
En ce sens, on rejoint la célèbre maxime de Margaret Thatcher « there is no alternative ». Toute autre solution que celles proposées par les libéraux relèverait de l’utopie ou du manque de bon sens. Seule l’idéologie capitaliste serait sérieuse, démontrée et raisonnable. Et si quelqu’un ose s’opposer à cet état de fait, il est aussitôt désigné comme irresponsable. Pire, on s’adressera souvent à lui de manière condescendante pour l’infantiliser du type « l’économie est beaucoup plus compliquée que cela, voyez-vous ».
Une façon d’installer un certain fatalisme dans l’esprit des gens et de les éloigner de leur rôle de citoyens. Après tout, les richesses produites par les travailleurs sont un sujet beaucoup trop sérieux pour être confié aux salariés.

3. Le pluralisme feint

Sur de nombreux plateaux de télévision, on assure qu’il existerait un pluralisme équitable dans les médias de masse. Une affirmation pourtant discutable, comme Mr Mondialisation l’avait déjà démontré en analysant les idées politiques d’un large spectre d’éditorialistes. Depuis, la situation s’est d’ailleurs considérablement empirée avec l’extrême droitisation de la presse en général, sous l’impulsion de l’empire Bolloré. De ce fait, les invités des émissions audiovisuelles penchent très fortement du côté des plus fortunés.
En outre, quand un intervenant est censé représenter la gauche, il s’agit bien souvent d’une gauche d’accompagnement, économiquement très proche de la droite. Certains échanges tournent même au ridicule lorsqu’ils engagent des individus aux opinions extrêmement similaires.
On peut par exemple penser aux débats hebdomadaires entre Daniel Cohn Bendit et Luc Ferry sur LCI. Une mise en scène qui relève d’une véritable caricature tant ces deux hommes, qui font semblant de s’écharper, sont en réalité d’accord sur l’immense majorité des sujets d’envergure.

4. Le bouc émissaire

Grand classique des médias de masse, la désignation de boucs émissaires permet de créer une excellente diversion. Comme pour la droite et l’extrême droite de l’échiquier politique, les cibles sont chaque fois les mêmes. On évoquera ainsi les « assistés » qui « profitent du système » et qui « coûtent trop cher », les syndicalistes et fonctionnaires paresseux et trop payés, les grévistes qui « prennent les français en otage », les militants de gauche qui sont criminalisés et vilipendés (antisémites, utopistes, irresponsables, islamistes, etc.) ou encore les « wokistes » qui vont toujours trop loin. De quoi occuper des heures et des heures d’antennes pour ne pas aborder des sujets de fond.

5. La corruption du langage

Un stratagème pernicieux pour manipuler l’opinion est la destruction du sens des mots eux-mêmes, parfois en allant jusqu’à leur donner une valeur opposée à leur signification d’origine. Cette méthode, qui n’est pas sans rappeler 1984, un roman d’Orwell, favorise ainsi la construction d’un récit à l’avantage des dominants.
On parlera, par exemple, de « réforme » pour désigner en réalité une régression politique. Dans les bouches médiatiques, ce mot n’est jamais utilisé pour évoquer des avancées sociales. Une rhétorique qui permettra de faire circuler l’idée que « les Français sont contre les réformes », installant la croyance que les gens seraient simplement contre toute idée de changement.
De la même manière, les salaires ne seront plus que « le coût du travail », la démocratie consistera à voter une fois tous les cinq ans, la répression deviendra un « maintien de l’ordre », la droite deviendra le centre, le centre deviendra la gauche, la gauche deviendra l’extrême gauche, la soumission au marché sera du « pragmatisme », la réussite sera la richesse individuelle, etc. Dans tous les cas, le procédé est toujours le même : brouiller les esprits pour empêcher de penser et conserver ainsi l’ordre social.

✍ Simon Verdière (source )

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