Comment expliquer la montée des extrêmes? Qui ou qu’est-ce qui en est responsable?

Ces deux visions politiques antagonistes, celle qui s’incarnait dans le vote communiste, et celle qui s’incarne dans le vote front national, ces deux modalités de se constituer soi-même comme sujet de la politique, s’appuient sur des catégories différentes de perception et de division du monde.

cfr Descartes : “La diversité de nos opinions ne vient donc pas du fait que les uns auraient plus de raison que les autres, mais uniquement du fait que nous empruntons des chemins de pensée différents, et que nous n’avons pas à l’esprit les mêmes choses.”

Ce sont des manières opposées, ou en tout cas divergentes, de découper la réalité sociale, et d’essayer de peser sur les orientations politiques des gouvernants, et l’une n’est pas toujours exclusive de l’autre. C’est pourquoi, si durable et si déroutante qu’aient pu être les alliances qui se sont opérées dans la constitution d’un électorat du front national, il n’est pas du tout impossible, et encore moins impensable, qu’une partie de ceux qui votaient pour ces candidats, se mettent, dans un avenir plus ou moins proche, à voter pour l’extrême-gauche. Sans doute un certain nombre d’événements importants, des grèves, des mobilisations, devront se produire pour qu’une telle réorganisation advienne. Car on ne se dissocie pas aisément d’une appartenance politique dans laquelle on s’est mentalement installé depuis longtemps, et on ne se crée pas du jour au lendemain une autre appartenance, c’est-à-dire un autre rapport à soi et aux autres, un autre regard sur le monde, un autre discours sur les choses de la vie.

C’est un peu la démarche de ce site : créer un autre discours, pour faire converger les luttes, contribuer à faire advenir une telle réorganisation et élargir la gauche, plutôt que la renforcer sur elle-même. Intégrer l’ensemble de la population dans les luttes de la gauche, sur une nouvelle ligne hybride.

Quand la gauche se révèle incapable de s’organiser comme l’espace où se forment les questionnements, mais aussi où s’investissent les désirs et les énergies, c’est la droite ou l’extrême-droite qui réussissent à les accueillir et à les attirer.
La tâche qui incombe aujourd’hui aux mouvements sociaux et aux intellectuels critiques est donc de construire des cadres théoriques et des modes de perception politique de la réalité qui permettent, non pas d’effacer, mais de neutraliser au maximum les passions négatives à l’oeuvre dans le corps social, d’offrir d’autres perspectives, et d’esquisser ainsi un avenir pour ce qui pourrait s’appeler à nouveau “la gauche”.

(Didier Eribon dans “Retour à Reims”)

 
Epilogue de “Retour à Reims” de Jean-Gabriel Péricot sur base de l’oeuvre de Didier Eribon.

Un petit verre de Ricard à présent?
Suivre le lapin blanc

 

“Foxisation” d’Europe1 et compagnie dans cet article . La partie émergée de l’iceberg:
(source ))

La véritable lutte contre le changement climatique est intimement liée à la lutte contre les logiques du capital et du pouvoir. Si on ne construit pas, à partir de la société civile, un rapport de force pour faire changer ces logiques dominantes, on ne pourra pas empêcher la planète de brûler
Pablo Solon. Tiré du livre ‘Crime climatique STOP’

Comment l’extrême centre a mis l’extrême droite au pouvoir :

“- une politique d’austérité, dogmatique, qui aggrave la crise et la misère ;
– un pouvoir exécutif qui fait adopter des mesures de destruction du modèle social à coups de 48-2 ;
– une gauche sociale-démocrate qui soutient cette politique afin, dit-elle, d’éviter le pire ;
– un régime politique qui (…) se présidentialise et concentre des pouvoirs exorbitants dans les mains faillibles d’un homme pas exagérément intelligent, mais orgueilleux et buté ;
(…)
– une défaite cuisante aux législatives ;
– le refus de tenir compte des résultats des élections ;
 la condamnation des « extrêmes » et la précision, immédiate, que certains sont plus extrêmes que d’autres, que ceux qui défendent la nation, les valeurs et la propriété seront toujours préférables à la gauche ;
– un milliardaire, magnat des médias et habité par une mission de résurrection nationale, qui bâtit un empire de presse et de cinéma pour imposer ses cadrages, ses thèmes et sa ligne à un pays qui plébiscitait la paix et la justice sociale (…);
– des paniques morales en -isme comme le « bolchevisme culturel », que l’on est bien en peine de définir, mais qui résume toutes les peurs liées à l’évolution des mœurs (féminisme, homosexualité, mode de vie urbain…) et à l’élévation générale du niveau d’éducation ;
(…)
– des mois de réflexion, au sommet de l’État, pour échafauder le meilleur scénario qui permette de rester au pouvoir, malgré les élections et en l’absence de majorité ;
– une politique de l’offre, ouvertement pro-business, faite de subventions aux entreprises et de crédits d’impôt ;
– des discours auto-justificateurs qui défendent cette ligne en clamant « nous ne sommes pas le gouvernement des riches » et « la meilleure politique sociale, c’est la politique de l’emploi » ;
– un patronat qui applaudit et qui en réclame toujours plus ;
– des projets de réforme de la Constitution dans le sens d’un renforcement du pouvoir exécutif ;
– des intrigues de couloir permanentes ;
– un commentariat qui bavasse sur l’humeur du président, son dernier rhume ou l’ultime grommellement en date (éternuement ? fulgurance politique ? décision majeure ?) en quête d’oracle et d’interprétation ;
– des libéraux autoritaires qui, au pouvoir, envisagent le recours à la force, car ils savent bien que leur politique est impopulaire ;
– ces mêmes libéraux autoritaires qui souhaitent faire alliance avec l’extrême droite, qui reculent car elle en veut trop, et font finalement le pari de lui confier le pouvoir…

Vous l’avez deviné c’est de l’Allemagne en 1933 qu’il s’agit.” (source )

Pop-Fascisme , un livre de Pierre Plottu et Maxime Macé (journalistes à Libération) qui sont venus en parler à une conférence au Delta organisée par la PAC .

Une des chose que j’en retiens, c’est qu’on est mal barré, nous des gauches diverses.
Car l’extrême-droite se nourrit des discours simplistes et générateurs d’émotions (négatives), qui sont “sur mesure” pour les réseaux sociaux et leurs algorithmes.
Les valeurs de la gauche, et ses idées plus nuancées car se voulant plus proche de la vérité, sont incompatibles avec cette pratique. On ne peut pas simplement réagir “en miroir”, car ce serait trahir la gauche, et s’abaisser à leur malhonnêteté intellectuelle.
Problème cornélien…à moins que l’art puisse “se substituer” aux ” ou “court-circuiter” les discours rationnels? L’art n’a pas cette exigence de rigueur factuelle et des raisonnements académiques ^^ “Imagine” de John Lennon ne vaut-il pas 1000 Reels de politiciens de gauche qui tentent de convaincre “par la raison pure”?